Les pontonniers de Vendeuil (1870)

Avant de donner à nos lecteurs le récit des événements d'octobre 1870, je pense qu'il est intéressant de vous présenter les deux principaux héros de cette aventure. M. Louis-Désiré Carette et son fils Paul Carette, tous deux natifs de Vendeuil.

Louis-Désiré CARETTE

Ancien élève de l'Ecole de Dessin de Saint-Quentin (fondée par Maurice Quentin de Latour). Il était entrepreneur de travaux d'art, il est l'inventeur d'un procédé permettant d'étancher par compression les filtrations dans les digues des canaux.

Il est le constructeur de nombreux ponts, écluses, pont canaux, usine à gaz, châteaux, églises, etc.

 

Paul CARETTE

Fils du précédent, né à Vendeuil le 13 octobre 1851. Ingénieur civil, diplômé de l'école des mines.

Présente à l'Exposition Universelle de 1889 un wagon-citerne de 15 tonnes pour le transport des liquides, Il sera le promoteur de la société des Wagons-Réservoirs. Il fera de nombreuses études sur la distillation, le chauffage, les siphons de chasse d'eau, la houille, les phosphates et j'en passe.

OCTOBRE 1870

Laon est aux mains de l'Armée Prussienne. Le Préfet de l'Aisne, Anatole de La Forge est à Saint-Quentin, ville ouverte, qu'il tente de mettre à l'abri, d'un coup de main des ennemis. Le 8 octobre 1870, une patrouille qui se présente devant Saint-Quentin est, repoussée.

Anatole de La Forge tenté de mettre la ville en état de résister à toute attaque. Il mobilise les gardes nationaux, les sapeurs-pompiers et des volontaires. Des patrouilles sont organisées.

Détruire les ponts

Anatole de La Forge, veut ralentir l'avance des troupes allemandes et opposer des obstacles à leur venue en coupant les ponts sur la vallée de l'Oise.

Le Comité de la Défense de Saint-Quentin décide donc la destruction pure et simple des ponts sur l'Oise et le canal.

Le 12 octobre 1870, l'Ingénieur des Ponts et Chaussée Peslin se dirige sur Vendeuil, muni des pleins pouvoirs du Préfet. Il se rend chez Louis Désiré Carette, entrepreneur de travaux d'art et chez Jean-Baptiste Chatelain, maître Áharpentier. Il leur notifie "L'ordre d'avoir d'urgence et sans perdre de temps faire brûler tous les ponts en bois et faire sauter tous les ponts en maçonnerie de la vallée de l'Oise et du canal de la Sambre à l'Oise sur le territoire des communes de Vendeuil, Brissay-Choigny et Travecy, afin d'arrêter ne fut-ce qu'un jour ou même quelques heures la marche de l'ennemi."

Les propositions de Louis Carette

Une réunion est organisée à l'hôtel de ville de Vendeuil : Là, Louis Carette tente de s'opposer par la raison aux mesures proposées.

Pour lui, la destruction des ponts c'est la ruine des trois communes et il dit en substance : "On désire arrêter l'ennemi, un jour ou même quelques heures. Il n'est nullement besoin, pour cela, d'anéantir nos ponts. Il suffit d'enlever les tabliers et les chapeaux des pieux des ponts en bois. Les communications seront ainsi coupées et il ne faudra pas moins de douze heures pour les rétablir."

L'Ingénieur Peslin se range à l'avis de Louis Carette et demande aux intéressés d'enlever les tabliers de bois des six ponts, ceux de l'Oise et du canal à Vendeuil, celui de l'Oise à Brissay-Choiqny, ceux du canal et du pont rouge à Travecy.

Le 13 octobre dès le matin, Louis Carette et Châtelain chargent Paul Carette d'effectuer le travail. L'équipe du jeune ingénieur comprend : Célestin Châtelain, Vincent Châtelain, Félix Mariage, Siméon Suisse, Désiré Chatelain, Adolphe Prérnont-Dejoie, et d'autres ouvriers réquisitionnés, et le 15 octobre au soir les six ponts étaient coupés.

Les Allemands arrivent...

C'est le 18 octobre 1870 que les troupes d'infanterie et de cavalerie du commandant allemand Von Kalden arrivent à Brissay-Choigny. Il est quatre heures de l'après-midi. Le Prussien comptait faire loger ses troupes à Vendeuil, Moy et Cerisy, mais la route est coupée. Il entre dans une rage folle, prêt à une querelle d'allemand...

Il apprend que les ponts ont été coupés; par des gens de Vendeuil. Il adresse à la mairie de cette localité l'ordre de faire rétablir les ponts, sous peine de bombarder le bourg et de l'incendier... sans compter l'indemnité de guerre énorme qu'il se réserve de fixer.

Cet ultimatum est apporté par le garde-champêtre de Brissay-Choigny. Il est alors décidé de demander six heures de délai, en raison du mauvais temps...".

Prévenir Saint-Quentin

Les notabilités de Vendeuil veulent aussi faire leur devoir envers la ville de Saint-Quentin et profiter de ce délai de six heures, pour envoyer à Saint-Quentin deux messagers afin de prévenir Anatole de la Forge de l'arrivée des troupes ennemies.

Ils partent sous une pluie torrentielle, à neuf heures du soir, mais au bout de deux kilomètres doivent rebrousser chemin. Ils se procurent une autre voiture et repartent sous la tempête.

Ils arrivent vers minuit au Petit-Neuville et sont conduits à l'hôtel de ville. Reçus par Edouard Dufour, rue de Vesoul, ils reçoivent les remerciements de la commission municipale. Puis ils retournent à Vendeuil avant le départ des Allemands.

Saint-Quentin avait pu prendre des dispositions pour sauver son honneur.

Recueilli par Paul MONIOT (article complet)